En 2015, je décidais un tournant dans ma carrière de designer : innover dans l’économie circulaire. Inconnue quasiment en France à ce moment là, j’ai passé beaucoup de temps à expliquer la « pensée » circulaire lorsque j’intervenais sur des projets de design. Aujourd’hui, c’est différent : je la transmets ; la pensée circulaire est transverse, remet complètement en question notre présent, peu importe l’entrée que l’on prend pour l’aborder. Plus nous serons nombreux à la comprendre et plus nous serons nombreux à agir.

Je vous propose ci-dessous 2 options pour appréhender ce concept dont on parle de plus en plus:

  • Si vous aimez lire, suivez cet article : il est dense, mais retrace les principes de l’économie circulaire, afin que vous puissiez « penser » circulaire sur vos projets par la suite.
  • Si vous préférez les vidéos, j’organisais il y a quelques semaine ce webinaire avec Dimitri Carbonelle (fondateur de Livosphere, expert en innovations technologiques et RSE/circulaire, Architecte de Projets innovants et conférencier). J’expliquais alors l’économie circulaire sous l’angle de la résilience, sujet très présent en ce moment sur les réseaux, dû à la situation de confinement et de pénuries de certains produits. La vidéo est disponible ici : https://bit.ly/circ_webi

 

L’histoire de l’économie circulaire : quand la diversité rencontre des objectifs communs

A la différence de théories économiques qui ponctuent l’histoire, et qui se pensent comme des vérités, je définirai plutôt l’économie circulaire comme la rencontre de différents mouvements et écoles de pensées qui s’articulent de façon complémentaire, construisant alors les principes de base de l’économie circulaire.

L’histoire débute dès les années 70, avec le rapport « the limits of growth ». On démontre déjà à l’époque les limites d’un système qui repose sur l’extraction de ressources finies. Émergeront par la suite la permaculture, la notion de développement durable, du cradle to cradle et bien d’autres encore d’actualité, comme le zéro-déchet ou la chimie verte, qui viendront influencer et enrichir les réflexions.

Parmi les principaux mouvements à retenir, qui façonnent l’économie circulaire, on y trouve :

  • Le « Cradle to cradle » (autrement dit du Berceau au Berceau) – « rien ne se perd, tout se transforme » résume assez bien ce concept. L’idée, c’est qu’il ne doit plus y avoir de déchet mais que tout doit devenir « nourriture » pour recréer un cycle, sur les mêmes principes observés dans la nature.
  • La « Blue economy » – C’est une pensée plutôt entrepreneuriale qui s’oppose à la « green economy » : utiliser en priorité les ressources disponibles localement et en tirer des produits, de la valeur et des opportunités business par l’utilisation en cascade. En résumé : on ne gaspille rien, on utilise tout.
  • L’Ecologie industrielle (ou symbiose industrielle) – c’est la création d’un « éco-système » entre entreprises sur un même territoire, qui redirige les flux de matières, d’énergies et d’informations afin que l’un remplisse le besoin d’un autre, et qu’au final il n’y ait plus de déchets ou de gaspillage.
  • Performance economy (de Walter R Stahel) – c’est un peu l’inventeur des « boucles » circulaires, particulièrement sur le secteur de l’industrie. Il propose l’allongement de durée de vie des produits, la réparation et la réutilisation ainsi que l’économie de fonctionnalité pour prévenir le déchet que devient le produit en fin de vie.
  • Le Biomimétisme – c’est un processus d’innovation qui s’inspire de la nature dans tous ses aspects : des formes, des matières, des propriétés mais aussi des organisations, des systèmes de fonctionnement. Le Biomimétisme n’est pas nouveau : Léonard de Vinci, dans nombre de ses dessins, s’inspire en observant finement le monde animal pour inventer ses machines.
  • La Permaculture, qui influencera aussi le « regenerative design » – C’est à l’origine un principe d’agriculture systémique. Il s’agit de créer un écosystème vivant, basé sur la biodiversité, entre le monde animal, végétal et minéral, afin de mettre en symbiose les différentes composantes et créer un système résilient, abondant, et autonome. Aujourd’hui il évolue aussi comme un principe éthique de vie qui s’élargit en l’environnement humain, souvent autour d’un système d’agriculture (habitat, vie en communauté, éducation…Etc.)

 

Le cycle de vie : il s’agit de rester « vivant »

Pour comprendre l’économie circulaire encore faut-il avoir une source de comparaison : nous vivons en plein dedans. Notre société actuelle fonctionne sur un schéma d’économie linéaire : une vision plutôt court-terme, puisqu’elle n’anticipe pas la fin de vie d’un produit, son devenir et son impact sur l’humanité et l’environnement.
En opposition, l’économie circulaire se présente sous la forme d’une boucle, qui anticipe déjà la fin de vie du produit afin que ce dernier redevienne une ressource. Elle peut alors alimenter un nouveau cycle de vie. Souvent ce schéma est reconnu comme celui du recyclage et à tort identifié comme circulaire. Ce serait réduire ce que la pensée circulaire est vraiment. Mais beaucoup n’hésitent pas à utiliser ce raccourci pour justifier leur engagement écologique. C’est malheureusement souvent l’arbre qui cache la forêt.

 

Le schéma papillon : non le circulaire n’est pas que du recyclage


Pour embrasser les principes du circulaire, il y a un schéma qui résume tout : le schéma papillon. Il délimite les matières premières en deux sections et les traitent différemment : renouvelables et limitées.
Le recyclage figure bien dans les boucles circulaires, pour les matières premières limitées. Mais il se situe dans la dernière option à mener car c’est une solution très énergivore. Avant de l’envisager il y a des boucles plus efficientes en commençant par :

  • La réparabilité : l’allongement du cycle de vie, la durabilité, la modularité
  • La réutilisation : le prêt, la location, la revente en seconde-main…Etc
  • La refabrication ou la retransformation : ou autrement appelé l’Upcycling
  • Le recyclage

Si je prends un exemple simple, au lieu de recycler votre bouteille de verre, ce qui demande une température très élevée, et une quantité importante de verre pour que l’affaire soit rentable, on a plus intérêt à mettre en place la consigne pour réutiliser un maximum de fois son potentiel.

Quant à la matière première renouvelable, elle a tout intérêt à être utilisée « en cascade », c’est-à-dire en retirer tout son potentiel avant d’être valorisée énergétiquement ou en compost, pour réintégrer le sol. Pour illustrer l’utilisation « en cascade », c’est très simple : si je prends une orange pour son jus, une fois pressée, je peux encore utiliser les pelures qui contiennent des principes actifs intéressants pour l’industrie cosmétique. Et si ça se trouve demain, on utilisera les restes de pulpes, de peau et autres composants pour créer du cuir végétal. Rien n’aura été perdu en chemin.

S’il suffisait d’appliquer le schéma papillon, nous serions tous passés rapidement au circulaire à l’heure actuelle. Seulement l’économie circulaire est comme la biodiversité : un ensemble de principes simples mais qui régissent des structures complexes.

 

L’économie circulaire est transverse

Quand on rentre plus en détails sur l’application de l’économie circulaire dans le réel, on va s’apercevoir que celle-ci va toucher différentes catégories matérielles, physiques, mais aussi plus immatérielles comme les organisations hiérarchiques. On peut en citer 5 principales :

  • Les flux (de matières, d’énergie, d’eau afin de les redistribuer, partager…Etc)
  • Le réseau (ex du moment : il nous faut des masques de protection contre le covid-19, on met en relation pleins de petites entités qui partagent les savoirs et en fabriquent pour arriver à combler la demande)
  • Les organisations, les systèmes (ex en fabrication : on modifie l’organisation de la production en changeant de place les machines, pour améliorer la circulation et la sécurité des employés et/ou utiliser la chaleur pour chauffer l’espace) ( on fait appel à l’intelligence collective pour améliorer les prises de décision, perdre moins de temps donc d’énergie et d’argent).
  • Les produits et services (prioriser la fonctionnalité et la durabilité, réduire l’inutile)
  • Les matières (privilégié des ressources locales et renouvelables)

 

Mais l’économie circulaire n’existerait pas sans l’humain. Tout le long du cycle de vie d’un produit, on est amené à rencontrer une diversité d’acteurs. On peut en définir 4 majeurs :

  • L’utilisateur et son besoin
  • Le producteur ou fabricant (techniques de fabrication, source matières premières, éthique sociale…)
  • Le distributeur ou revendeur (logistique, marketing, emballage…)
  • La collectivité (la ville, la région, le pays….souvent en lien avec la gestion du déchet sur un territoire donné)

Ils diffèrent bien sûr en fonction du contexte et des problématiques. Ils sont pourtant tous impactés, Si nous bougeons des éléments pour rendre nos activités circulaires. Il faut pourtant qu’il y ait une cohérence qui devienne une interconnexion gagnant-gagnant pour tous. On appelle cela une relation symbiotique et on peut prendre exemple sur la nature, comme dans le cas des arbres et champignons qui s’apportent dans certains cas mutuellement des éléments dont ils ont chacun besoin mais ne peuvent se les procurer par eux-mêmes.

 

Et le design dans tout ça ?

Le mot design vient du mot dessin et dessein : c’est-à-dire à la fois la conceptualisation, l’idée et la formalisation de celle-ci. Une des grandes forces du design et de l’humain, c’est son pouvoir d’imagination, d’abstraction, puis de concrétisation de celle-ci. Pendant longtemps nous avons placé l’humain en haut de la pyramide de la biodiversité, et non à l’intérieur de ce système vivant, ce qui nous rend déconnecté de notre environnement.
Si le design circulaire, intègre les principes de l’économie circulaire dans l’innovation de solutions, il ne s’agit pas d’appliquer sans conscience ses principes : il y a de la place pour se recréer en adaptant cette fois-ci un nouveau point de vue, qui équilibre et adapte les activités humaines à l’environnement naturel dans lequel il vit, pour que ce dernier ne devienne pas un danger ou une menace.

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet ou intégrer l’innovation circulaire dans vos projets, contactez-moi ici

Article rédigé par Mélanie LABORDE, co-fondatrice de l’agence OHU

 

 

 

 

 

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